Comme je l’ai déjà dit, je ne me suis pas posé la question de savoir si je voulais allaiter, pour moi ça allait de soi. La nature semble avoir bien fait les choses et le lait maternel est quand même ce qui se fait de mieux pour un bébé. Et faire de mon mieux pour la santé de mon bébé était une raison amplement suffisante pour me convaincre. Et puis, en toute honnêteté, je ne voyais pas non plus de raison de ne pas allaiter. Ça me stressait un peu et je me doutais que ça ne serait pas facile tous les jours mais comme le reste quoi. De même pour la durée, si l’OMS recommandait 6 mois d’allaitement exclusif, y compris dans les pays où on ne souffre pas de la faim et où on trouve du lait maternisé de qualité, ce n’était probablement pas juste pour échauffer certaines défenseuses des droits de la femme libérée. Donc voilà !
Ensuite, les bienfaits pour ma santé et le lien privilégié que pourrait occasionner l’allaitement, c’était que du bonus. C’est même plutôt après coup que j’ai découvert à quel point ça pouvait me faire fondre : pouvoir regarder ses yeux pendant la tétée, avoir sa petite main posée, tout ça tout ça… En même temps, je ne me représente pas trop mais j’imagine que donner le biberon doit apporter à peu près le même genre d’expériences.
L’autre jour je lisais que ça augmentait aussi notre confiance en tant que mère. Je n’irais peut-être pas jusque là (il y a quand même de sérieux moments de doute hein ?) mais ce n’est pas faux de dire que ça aide à se sentir maman. Je ne sais pas trop comment expliquer… Évidemment je sais que je suis maman mais je veux dire c’est pas parce que c’est marqué sur le papier que je le ressens nécessairement. Et je n’étais pas bien sûre d’avoir le profil alors ça m’a un peu décomplexée de pouvoir exprimer mon côté maman câlin.
Un peu dans le même ordre d’idée, j’ai trouvé ça amusant à un moment donné de me dire que j’allaitais mon bébé comme le font les autres mamans mammifères : comme la maman chat, la maman lion, la maman antilope, la maman panda ! (On s’amuse comme on peut…) Enfin, comme quoi on n’est pas toutes pareilles puisqu’il paraît que certaines sont encore plus écœurées par ce genre d’idées. En ce qui me concerne, ça m’a fait du bien de me sentir mère comme toutes les autres mères de la planète. Réduire une femme au statut de vache à lait parce qu’elle allaite, ça c’est vexant mais après, à vrai dire, je trouve ça un peu faux-cul de se dire que la femme est au-dessus de tout ça, qu’on vaut quand même mieux que les autres mammifères. Des fois qu’un jour on trouve aussi qu’aller aux toilettes ne fait pas assez glamour pour la femme moderne… Attention, je comprends bien que l’aspect « comme la maman panda » puisse perturber plus qu’amuser certaines mamans. On n’a pas toutes les mêmes besoins et à chacune de trouver la solution qui lui correspond le mieux et qui lui fait le plus de bien. Mais j’avoue qu’un certain discours *féministe* a aussi tendance à m’agacer.
Un autre truc amusant avec l’allaitement, c’est de réaliser que son bébé grandit bien et que c’est uniquement avec le lait qu’on produit. C’est quand même fou quelque part, non ? C’est aussi en cela que je trouve que l’allaitement est en bonne continuité avec la grossesse.
Enfin, tout ça n’explique pas pourquoi je suis à ce point attachée à ce que ça marche. Même convaincue des bienfaits de l’allaitement, je suis la première surprise de voir à quel point cet allaitement me tient à cœur. Quand je discute du choix de ne pas allaiter, je bute toujours sur l’argument « Enfin le biberon ne rend pas les enfants plus bêtes ou traumatisés ». Ben oui j’ai rien à répondre à ça ! Oui, je sais bien que les laits maternisés sont aussi très biens. Alors d’où vient le bloquage ?
Le fait est que j’ai cherché un moment les raisons qui motivaient les mamans à biberonner plutôt que d’allaiter. Il faut admettre que les biberonneuses, qui en ont visiblement toutes assez qu’on les travaillent au corps sur le sujet, s’expriment quand même assez peu sur leur non motivation. J’aurais aimé lire plus de mamans expliquer leurs vraies raisons, c’est dommage qu’elles ne s’expriment pas plus. Quand je lis que certaines ça les dégoûte, je comprends bien qu’on ne peut pas aller contre ça. Après, j’avoue, sans vouloir vexer, que je trouve certaines raisons un peu bidon.
Par exemple, le fait de vouloir faire participer le père. Très sincèrement, le père peut tout à fait profiter de son bébé même si la maman allaite. De même que le père peut tout à fait se lever la nuit pour soulager la maman, même si c’est la maman qui tient l’open bar. Et si vraiment on veut, on peut toujours tirer son lait. J’ai d’ailleurs une copine qui faisait ça pour dormir un peu. Perso le tire-lait, c’est pas mon truc mais ça marche aussi. Niveau organisation, j’avoue qu’avec plusieurs enfants la possibilité de déléguer est un bon argument. De même avec des jumeaux (ou plus), même si je sais qu’allaiter est tout à fait envisageable, je comprends que ça puisse décourager. Mais, en dehors de ça, je reste persuadée que donner le biberon n’est pas forcément plus pratique. Ne pas avoir à préparer le biberon, le laver, le stériliser… c’est aussi plutôt cool.
Ensuite, il y a la question de la pudeur : c’est vrai que ce n’est pas forcément évident mais on peut s’adapter. Et puis là pour le coup si on veut parler de féminisme, je trouve ça un comble de se dire qu’après toutes ces années d’émancipation de la femme, celle-ci ne soit toujours pas suffisamment à l’aise avec son corps pour faire quelque chose d’aussi naturel qu’allaiter. Certes, le topless à la plage ou les seins à l’air dans les magazines et pour n’importe quelle publicité de yaourt, ça montre notre ouverture d’esprit alors que montrer un sein pour allaiter ça renvoie simplement la femme à son statut de nourrice… Femmes libres, que tous vos poils se hérissent ! Je déconne. Bien sûr, tout n’est pas blanc ou noir… Oui, j’admets que la question de la pudeur est très personnelle mais je voudrais aussi soulever le fait que ce n’est pas plus mal aussi pour son statut de femme de gérer ce rapport au corps. Après tout, oui, on a des seins bon et après ? On ne parle quand même pas de péter en public !
Question seins, il y aussi la peur de les voir abîmés par l’allaitement. Je ne dis pas qu’à un moment je ne me suis pas inquiétée de savoir si mes seins allaient revenir à leur taille de départ (c’est vraiment possible ??) mais sinon… Les filles, si vous avez peur pour votre plastique, je pense qu’il vaut mieux ne pas être enceinte dès le départ parce que bon c’est pas top top déjà à ce niveau la grossesse.
En même temps, me direz-vous si c’est si prise de tête, pourquoi s’embêter ? Outre le fait que je voudrais prouver que ce n’est pas plus s’embêter (promis juré craché), je comprends que je fais quand même un blocage ! Pourquoi ça me perturbe à ce point qu’une mère ne veuille pas allaiter ? Pourquoi partout où je regarde sur Internet le sujet semble-t-il si brûlant ?
La réponse à ma première question m’a demandé une bonne dose d’introspection mais j’ai finalement compris pourquoi allaiter était si important pour MOI. Attention les yeux, j’y vais. Pour faire simple, j’ai (méga) peur que Ghanima meure ou qu’il lui arrive quelque chose (version soft de la peur numéro 1). J’ai aussi très peur que ce bonheur disparaisse du jour au lendemain. C’est un peu stérile comme peur mais c’est comme ça et puis ça s’explique pour partie par mon histoire personnelle. Bref ! Donc du coup, il est capital pour moi de faire tout mon possible pour mettre un maximum de chances de son côté. Ça explique mon choix d’allaiter sur le simple argument des bienfaits pour sa santé et ça explique également pourquoi j’ai besoin que ça marche. J’ai aussi compris que j’avais besoin d’être rassurée sur ma féminité et mon statut de mère et depuis le départ l’allaitement fait partie de ma vision de la mère. Il ne s’agit même pas d’une vision de la bonne maman. C’est juste qu’allaiter fait naturellement partie de la fonction de maman (dans mon imaginaire j’entends). Allaiter est simplement une façon pour moi de rentrer dans mon statut de maman. C’est d’ailleurs plus ou moins le besoin que j’exprimais tout à l’heure. En définitive, si le choix des biberonneuses me perturbe, ce n’est pas parce que je crois réellement qu’elles font mal mais si j’admets qu’allaiter ou biberonner ne fait AUCUNE différence… Ben, ça détruit un peu tout mon rêve, et de pouvoir de faire quelque chose pour protéger ma pitoune, et d’avoir tout ce qu’il faut pour être une maman…
Et pourtant je croyais avoir pris la décision assez naturellement… Comme quoi c’est toujours plus compliqué dans nos ptites têtes !
En ce qui concerne ma seconde question (l’allaitement est un sujet brûlant), j’ai compris au moins une chose en lisant ce billet de Papa anonyme : quel que soit son choix, une nana n’aime pas voir son être remis en question du fait de sa décision. Quand on attaque la maman qui biberonne, c’est sa façon d’être mère que l’on attaque. À l’inverse, si le billet de Papa anonyme peut faire mal à la maman qui allaite, c’est qu’il attaque sa façon d’être femme. Et ça fait mal tout pareil je pense, pas moins déstabilisant ! Dans les deux cas, la réaction est de se dire « Mais merde je fais rien de mal pourquoi je m’en prends plein la tête moi ? ».
Même si je me suis exprimée librement, j’espère avoir réussi à ne blesser personne (c’était pas le but en tous cas). Juste pour finir, 2 billets qui peuvent aider la réflexion : Informer sans culpabiliser : est-ce seulement possible ? de la poule pondeuse et la revue de Ségolène sur le livre Le conflit, la femme et la mère d’Elisabeth Badinter (oui parce que quand même…).